Locaux commerciaux à Monaco : bail commercial, zones marchandes et règles de renouvellement
Un local commercial monégasque ne relève pas du statut français des baux commerciaux. Il obéit à la loi n° 490 du 24 novembre 1948, qui pose ses propres conditions d'ouverture du droit au renouvellement, ses propres durées, et confie les litiges à une commission arbitrale paritaire sans équivalent direct en France. Cette page décrit le cadre, les zones commerçantes et les coûts d'entrée.
Sur cette page
- Le marché commercial monégasque en chiffres
- Les zones commerçantes, quartier par quartier
- La loi n° 490 : le statut applicable
- Droit au renouvellement et indemnité d'éviction
- Révision du loyer et commission arbitrale
- Cession du bail et du fonds de commerce
- Les coûts d'entrée et de fonctionnement
- Ce qui change par rapport à la France
- Questions fréquentes
1. Le marché commercial monégasque en chiffres
Le commerce de détail est l'un des rares secteurs pour lesquels l'IMSEE publie une ventilation par quartier. C'est aussi le seul indicateur économique décliné territorialement dans les statistiques monégasques : il n'existe aucune répartition officielle par quartier du nombre total d'établissements, de l'emploi, du chiffre d'affaires — ni des loyers ou des valeurs de murs commerciaux.
Monaco publie chaque année le détail de son marché résidentiel, quartier par quartier et typologie par typologie. Sur les murs de boutique et les valeurs locatives commerciales, aucune statistique publique n'existe.
2. Les zones commerçantes, quartier par quartier
| Quartier | Établissements | Part | Superficie | Profil commercial |
|---|---|---|---|---|
| Monte-Carlo | 386 | 47 % | 43,7 ha | Luxe et flagships : Carré d'Or autour du Casino et de l'avenue des Beaux-Arts, avenue de Monte-Carlo, One Monte-Carlo, Métropole Shopping Monte-Carlo |
| La Condamine | 165 | 20 % | 29,6 ha | Commerce de proximité : rue Grimaldi, marché de la Condamine ; commerces liés au yachting autour du Port Hercule |
| Fontvieille | 91 | 11 % | 33,0 ha | Centre Commercial de Fontvieille — 36 boutiques et un hypermarché ; commerce lié à la zone d'activités |
| Monaco-Ville | 44 | 5 % | 19,6 ha | Commerce touristique sur le Rocher |
| La Rousse | 40 | 5 % | 17,7 ha | Commerce de proximité résidentiel |
| Les Moneghetti | 34 | 4 % | 11,5 ha | Commerce de proximité résidentiel |
| Larvotto | 31 | 4 % | 27,5 ha | Commerce balnéaire et hôtelier |
| Jardin Exotique | 24 | 3 % | 23,5 ha | Commerce de proximité résidentiel |
Un enseignement se dégage : près d'un commerce sur deux est à Monte-Carlo, et les trois premiers quartiers concentrent 78 % du parc. La géographie commerciale monégasque est donc beaucoup plus polarisée que sa géographie résidentielle.
Destinations autorisées : le zonage compte
L'implantation commerciale est encadrée par l'Ordonnance Souveraine n° 4.482 du 13 septembre 2013 modifiée, qui fixe les dispositions générales et particulières d'urbanisme et découpe la Principauté en quartiers ordonnancés et en zones. Pour La Condamine, par exemple, les destinations autorisées comprennent expressément les locaux à usages « de bureaux, de services et de commerces ». Fontvieille est le seul quartier dont le zonage identifie une zone d'activités industrielles et artisanales.
Avant de signer, vérifier la destination. Un local ne devient pas commercial par la volonté des parties. La destination résulte du zonage et du statut juridique du local — lequel doit, pour les immeubles construits avant 1947, être examiné par la Direction de l'Habitat. Pour situer un bâtiment, consultez notre liste des immeubles de Monaco.
3. La loi n° 490 : le statut applicable
Le texte de référence est la loi n° 490 du 24 novembre 1948 concernant les baux à usage commercial, industriel ou artisanal. Son intitulé d'origine — « sur les loyers commerciaux » — a été modifié par la loi n° 1.287 du 15 juillet 2004. Les lois modificatives identifiées sont les lois n° 574 (1953), n° 969 (1975) et n° 1.287 (2004).
Champ d'application
L'article 1er vise le renouvellement des baux « des locaux et immeubles où s'exploite un fonds depuis au moins trois ans consécutifs », que ce fonds appartienne à un commerçant, un industriel ou un artisan. Les baux écrits comme verbaux sont couverts, ainsi que les locaux accessoires nécessaires à l'exploitation.
La condition des trois ans est décisive. Le droit au renouvellement n'est pas acquis dès la signature : il suppose l'exploitation effective d'un fonds pendant au moins trois années consécutives dans les lieux. Cette condition doit être vérifiée avant toute reprise, et elle change la valeur d'un emplacement selon l'ancienneté d'exploitation qui s'y rattache.
Le « bail professionnel » non commercial
La loi n° 490 vise expressément les fonds commerciaux, industriels ou artisanaux. Aucune loi monégasque spécifique régissant le bail des locaux à usage professionnel non commercial — professions libérales, bureaux — n'a été identifiée sur les sources officielles. Le portail du Gouvernement publie un modèle de « contrat de bail à usage de bureau » de droit commun, d'une durée de cinq ans et interdisant la cession, ce qui suggère un rattachement au droit commun des contrats plutôt qu'au statut protecteur de la loi n° 490. Cette qualification doit être confirmée au cas par cas auprès d'un conseil monégasque : elle détermine l'existence, ou non, d'un droit au renouvellement et d'une indemnité d'éviction.
4. Droit au renouvellement et indemnité d'éviction
| Mécanisme | Règle |
|---|---|
| Condition d'ouverture | Exploitation d'un fonds dans les lieux depuis au moins trois années consécutives |
| Mise en œuvre | Renouvellement automatique, sans formalité, sauf renonciation formelle du preneur notifiée trois mois avant l'expiration du bail |
| Durée du bail renouvelé | Minimum 3 ans, maximum 9 ans (article 2). Le renouvellement s'aligne sur la durée du bail initial dans cette fourchette ; un bail à durée indéterminée se renouvelle pour 3 ans |
| Refus de renouvellement | Le bailleur qui refuse sans motif grave et légitime doit verser une indemnité d'éviction réparant le préjudice de perte du lieu d'exploitation |
| Reprise sans indemnité | Possible dans certains cas : besoin du local pour habitation personnelle, immeuble menaçant ruine |
| Reprise avec indemnité | Cas de réutilisation commerciale ou de reconstruction |
| Protection renforcée | Pour les preneurs établis à Monaco depuis quinze ans et plus |
5. Révision du loyer et commission arbitrale
L'article 21 de la loi n° 490 ouvre à chaque partie la faculté de demander la modification du prix après l'écoulement de trois années, lorsque le loyer ne correspond plus à la valeur locative en raison de l'évolution des circonstances économiques ou de modifications affectant l'immeuble. La révision peut jouer à la hausse comme à la baisse.
La commission arbitrale des loyers commerciaux
C'est l'institution la plus caractéristique du droit monégasque du bail commercial. Elle est composée de cinq membres :
- Le président du Tribunal
- Deux propriétaires
- Deux locataires
Elle fixe judiciairement les conditions du bail en cas de désaccord entre les parties. Sa jurisprudence est publiquement consultable. Cette composition paritaire n'a pas d'équivalent direct en droit français : elle installe la négociation dans un cadre arbitral spécialisé plutôt que devant un juge des loyers commerciaux.
Indexation en pratique
Les baux-types publiés par le Gouvernement Princier prévoient une indexation annuelle automatique sur l'indice INSEE des prix à la consommation, éventuellement combinée à un loyer variable assis sur le chiffre d'affaires avec minimum garanti — mécanisme classique pour les emplacements commerciaux de premier plan.
6. Cession du bail et du fonds de commerce
Cession du droit au bail
L'article 32 bis de la loi n° 490 répute non écrites, dans les conditions qu'elle fixe, les clauses interdisant ou restreignant la cession. L'article 32 ter organise des droits de préemption : au profit du bailleur sur la cession du fonds, au profit du preneur en cas de vente.
Le bail commercial-type officiel autorise la cession « pour la même activité », le cédant restant solidairement responsable pendant un an, avec un droit de préemption du bailleur dans le délai d'un mois. Toute autre cession y est interdite.
Cession du fonds de commerce
| Élément | Règle |
|---|---|
| Droit d'enregistrement | 7,5 %, droit proportionnel |
| Publicité | Deux insertions au Journal de Monaco, espacées de huit jours |
| Opposition des créanciers | Dix jours au plus après la seconde insertion |
| Surenchère du dixième | Dans les huit jours de l'adjudication, pour les créanciers nantis |
| Location-gérance | Droit d'enregistrement de 1 % |
| Suite administrative | La reprise d'activité suppose une autorisation d'exercice au nom du repreneur et la mise à jour du RCI |
Le taux applicable à une cession isolée de droit au bail, distincte d'une cession de fonds de commerce, n'est pas isolé par les sources officielles consultées : ce point doit être vérifié auprès de la Direction des Services Fiscaux.
7. Les coûts d'entrée et de fonctionnement
| Poste | Base | Remarque |
|---|---|---|
| Pas-de-porte / droit d'entrée | Négocié | Payé comptant, définitivement acquis au bailleur, non remboursable |
| Dépôt de garantie | 3 mois de loyer selon les baux-types | Sans intérêts, réajusté à chaque indexation |
| Enregistrement du bail | 1 % du loyer annuel majoré des charges | Dans les trois mois |
| Loyer | Fixe indexé sur l'IPC INSEE, ou variable assis sur le chiffre d'affaires avec minimum garanti | — |
| TVA | 20 % le cas échéant | Location de locaux nus exonérée par principe, avec option possible du bailleur |
| Charges de copropriété | Acomptes trimestriels | Réparties proportionnellement aux valeurs relatives des parties privatives |
| Entretien courant | Preneur | Y compris mise en conformité réglementaire, hygiène, sécurité, entretien de la devanture |
| Grosses réparations | Bailleur | Gros œuvre, clos et couvert |
| Enregistrement de la devanture | Formalité au RCI | Exigée pour les commerces et restaurants |
Le détail fiscal complet est traité sur notre page charges et fiscalité des bureaux à Monaco.
8. Ce qui change par rapport à la France
| Point | Monaco — loi n° 490 |
|---|---|
| Texte applicable | Loi n° 490 du 24 novembre 1948 modifiée, et non le Code de commerce français |
| Condition d'ouverture du droit au renouvellement | Exploitation d'un fonds dans les lieux depuis au moins trois années consécutives |
| Durée du bail renouvelé | Encadrée entre 3 et 9 ans |
| Révision du loyer | Possible après trois années, à la hausse comme à la baisse, sur critère de valeur locative |
| Règlement des désaccords | Commission arbitrale paritaire de 5 membres : président du Tribunal, 2 propriétaires, 2 locataires |
| Ancienneté | Protection renforcée pour les preneurs établis depuis 15 ans et plus |
| Autorisation d'exercer | Le local est désigné limitativement par l'autorisation ministérielle : un changement de local est aussi une démarche administrative |
Le réflexe français est un risque. Raisonner en « bail 3-6-9 », en « déplafonnement » ou en « article L. 145-» conduit à des conclusions erronées à Monaco. Tout contenu comparatif doit s'appuyer sur le texte monégasque, dont la logique — condition d'exploitation triennale, fourchette 3 à 9 ans, arbitrage paritaire — lui est propre.
Questions fréquentes
Quelle loi régit les baux commerciaux à Monaco ?
La loi n° 490 du 24 novembre 1948 concernant les baux à usage commercial, industriel ou artisanal, modifiée en dernier lieu par la loi n° 1.287 du 15 juillet 2004. Le statut français des baux commerciaux, issu des articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, ne s'applique pas en Principauté.
Au bout de combien de temps a-t-on droit au renouvellement du bail ?
La loi n° 490 exige l'exploitation d'un fonds dans les lieux depuis au moins trois années consécutives. Le renouvellement joue ensuite automatiquement, sans formalité, sauf renonciation formelle du preneur notifiée trois mois avant l'expiration du bail. Le bail renouvelé a une durée comprise entre trois et neuf ans.
Le bailleur peut-il refuser de renouveler le bail ?
Oui, mais il doit alors verser une indemnité d'éviction réparant le préjudice causé par la perte du lieu d'exploitation, sauf motif grave et légitime. La reprise sans indemnité reste possible dans certains cas prévus par la loi, notamment le besoin du local pour l'habitation personnelle du bailleur ou un immeuble menaçant ruine. La reprise pour réutilisation commerciale ou reconstruction ouvre droit à indemnité.
Qu'est-ce que la commission arbitrale des loyers commerciaux ?
C'est l'organe qui fixe judiciairement les conditions du bail en cas de désaccord entre bailleur et preneur. Elle compte cinq membres : le président du Tribunal, deux propriétaires et deux locataires. Cette composition paritaire est propre au droit monégasque et n'a pas d'équivalent direct en France.
Quel est le coût d'une reprise de local commercial à Monaco ?
Il combine plusieurs postes : le prix du fonds de commerce ou du droit au bail, un droit d'enregistrement de 7,5 % pour une mutation à titre onéreux de fonds de commerce, un pas-de-porte éventuel non remboursable versé au bailleur, un dépôt de garantie de trois mois de loyer selon les baux-types, et un droit d'enregistrement du bail de 1 % assis sur le loyer annuel majoré des charges.
Existe-t-il des statistiques officielles sur les loyers commerciaux monégasques ?
Non. L'Observatoire de l'Immobilier de l'IMSEE porte exclusivement sur les transactions de locaux à usage d'habitation du secteur privé. Aucune institution monégasque ne publie de valeurs locatives commerciales, de prix de murs de boutique ou de valeurs de droit au bail. L'IMSEE dénombre les établissements de commerce de détail — 815 en 2025 — mais ni les mètres carrés ni les loyers.
Où se trouvent les meilleurs emplacements commerciaux à Monaco ?
Monte-Carlo concentre 386 des 815 établissements de commerce de détail recensés en 2025, soit 47 % du parc, avec le Carré d'Or, One Monte-Carlo et le Métropole Shopping Monte-Carlo. La Condamine suit avec 165 établissements, sur un profil de proximité et de yachting. Fontvieille compte 91 établissements, portés notamment par son centre commercial. Ces trois quartiers représentent 78 % du parc commercial monégasque.
Pour aller plus loin
Locaux commerciaux et plateaux disponibles
Bureau Monaco référence l'offre visible de locaux commerciaux, bureaux et plateaux en Principauté, avec le quartier, la surface et les conditions annoncées. Le portail ne délivre aucune autorisation et ne garantit en aucune manière son obtention.
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Sources officielles.
- Loi n° 490 du 24 novembre 1948 concernant les baux à usage commercial, industriel ou artisanal, modifiée — texte consolidé, articles 1er, 2, 21, 32 bis et 32 ter
- Loi n° 1.287 du 15 juillet 2004 modifiant et complétant la loi n° 490 — Journal de Monaco n° 7661
- Loi n° 1.381 du 29 juin 2011 relative aux droits d'enregistrement
- Loi n° 1.329 du 8 janvier 2007 relative à la copropriété des immeubles bâtis, modifiée
- Loi n° 1.144 du 26 juillet 1991 concernant l'exercice de certaines activités économiques et juridiques, modifiée
- Ordonnance Souveraine n° 4.482 du 13 septembre 2013 modifiée, dispositions générales et particulières d'urbanisme
- IMSEE — Focus Commerce de détail 2025 n° 168, publié en mai 2026
- IMSEE — Monaco en Chiffres 2026, chapitre « Territoire et environnement »
- Gouvernement Princier — portail MonEntreprise : « Cession d'un fonds de commerce », modèles de baux commercial et de bureau
Contenu informatif actualisé en août 2026. Il ne constitue pas un conseil juridique. Le statut du bail applicable à un local donné — commercial au sens de la loi n° 490, ou de droit commun — doit être vérifié au cas par cas auprès d'un conseil établi en Principauté.
